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Rentrée scolaire à l’école française de Nouakchott : Le personnel en grève!?   
04/09/2019

Le personnel  du Lycée Français Théodore Monod (LFTM) de Nouakchott a déclenché ce mardi 03 septembre 2019,  jour de rentrée scolaire, un mouvement de grève de 24 heures.



 Et pour cause? Les grévistes, pour la plupart des enseignants expatriés et locaux veulent lancer une alerte aux parents d’élèves sur la situation de l’établissement.

 Ils sont, selon les grévistes, plus de 54% du personnel qui portent le flambeau pour dire non à une décision qu’ils jugent «unilatérale » consistant à « mettre en œuvre de mesure d’économies et recherche d’augmentation des recettes de l’établissement pour compenser l’augmentation des dépenses » et ce, à travers une hausse des frais d’écolage et du nombre d’élèves par classe, apprend-t-on auprès des grévistes.

Selon les grévistes regroupés au sein de l’établissement dans la matinée du 03 septembre dernier, l’application de cette mesure mettrait en danger «des acquis sociaux des personnels enseignants et administratifs en contrat local ». L’autre conséquence de cette mesure, c’est « la diminution progressive des personnels titulaires de l’éducation française » au sein de l’établissement.

Cette mobilisation des personnels enseignants et administratifs est, on ne peut plus claire sur leur volonté d’exprimer leur désaccord manifeste par rapport à cette mesure et leur souci de «sauvegarder le cadre  scolaire» qu’ils proposent aux enfants.

C’est d’ailleurs pourquoi, ce débrayage constitue un signal fort envoyé à l’administration de l’établissement. Et si les dirigeants de l’établissement persistent dans leur détermination à vouloir imposer cette mesure, l’imminence d’un procès se profilera à l’horizon. Car, les grévistes ont déjà commis un avocat bien au fait des règles et des droits français et mauritanien en la matière pour faire face à l’administration du Lycée Français Théodore Monod (LFTM).

Des mesures drastiques qui fâchent le personnel …

Aussi vraisemblablement que cela puisse paraître, l’administration du LFTM semble déterminée à mettre en application ces mesures qui a soulevé le courroux des personnels enseignants et administratifs. Parmi ces mesures, on peut citer selon les grévistes, «la suppression des postes d’expatriés, qui sont des enseignants certifiés de l’éducation nationale française, et qui, entre autres, forment les enseignants en contrats locaux et les accompagnent dans la préparation de leurs cours». Tout comme «la suppression de certains postes de résidents (diplômés de l’éducation nationale française et financés en grande partie par l’AEFE à Paris), titulaires de l’éducation nationale et leur remplacement par des postes de contrats locaux (financés par les familles)», soulignent les grévistes.

En outre, il faut souligner «la modification des contrats des personnels recrutés localement et de nationalité française et la précarisation de leur statut. Ces contrats permettaient jusqu’à ce jour d’attirer des personnels français, formés en France et ayant une bonne connaissance du système français » et «l’augmentation du nombre d’élèves par classe dès la sixième passant de 23 à 28 élèves par classe». Enfin, il faut également ajouter, selon toujours les grévistes, «l’augmentation notable et systématique des frais de scolarité de 7% à chaque rentrée scolaire…».

Des conséquences en vue …

A en croire les grévistes, la mise en œuvre de cette mesure, risque de mettre à rude concurrence l’établissement français connu pour son excellence, aux autres écoles privées. Mieux, le nombre de postes d’enseignants de nationalité française, formés en France sera revu à la baisse au profit d’autres nationalités «moins familiers du système français».

Loin de remettre en cause la compétence de ces enseignants, les contestataires s’inquièteraient d’une éventuelle baisse de niveau des élèves.

Il s’y ajoute, la suppression des acquis sociaux des employés locaux dont les contrats et les salaires sont encore précaires. Selon certains spécialistes des droits français et mauritanien en la matière, cette mesure est au mépris de tous ces droits et la procédure de conciliation n’a pas été engagée dans les règles de l’art foulant au pied l’orthodoxie en matière de droit de travail.

 

La version de l’administration

Contactée par nos soins, l’administration de l’établissement par le canal du proviseur Stéphane Girard, a donné sa version des faits. Il a d’abord exposé la situation des grévistes du 1er et du second degré ainsi que dans certains services administratifs avec un taux de mobilisation de 42% en tout soit environ 50% des professeurs du secondaire et un peu plus de 50% dans le primaire.  Ce qui a généré une perturbation dans la journée du 03 septembre, jour de rentrée scolaire.

Toutefois, Mr Girard a soutenu que le dialogue a été engagé sur toutes les questions qui ont été soulevées par les grévistes. «Factuellement, à chaque étape de la procédure, nous associons le représentant du personnel » soutient-il en réponse à la question de non implication des concernés dans la négociation. Il a également indiqué qu’il y a de cela deux ans que la mesure a été annoncée.

Pour le personnel local recruté sur le droit mauritanien, l’établissement se conforme au droit mauritanien. En tout cas, « le dialogue n’est pas rompu » martèle-t-il, car c’est une question juridique, soulignant que la direction à Paris de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger  a donné sa vision des faits. Elle qui a ordonné cette pratique valable d’ailleurs dans tous les pays où l’Aefe existe. Aujourd’hui, cette mesure est contestée par le personnel. Toutefois, le proviseur dit se soumettre à la décision de sa direction. «Si cette dernière voit que cette décision n’est pas juste et est entachée d’irrégularités, nous reviendrons à la légalité» parce qu’il s’agit de question de travail. «Je suis légaliste et mon rôle est d’appliquer la réglementation locale concernant le droit de travail». Mieux, si la direction à Paris en collaboration avec celle locale constate que la mesure est mise en cause, «nous l’arrêterons » renchérit Mr Stéphane qui a évité à juste titre de rentrer dans des détails juridiques.  D’ailleurs, si juridiquement la décision est attaquable, et qu’il sera démontré qu’il y a du tort, l’établissement se soumettra  et se pliera à la décision du magistrat, avance-t-il. Mais pour l’heure,  «pour que l’établissement respecte le droit mauritanien, il fallait prendre cette mesure» dit-il.

Tout compte fait, l’établissement n’écarte pas une solution concertée au mieux des deux parties qui poursuivent d’ailleurs le dialogue comme de coutume.

Ibou Badiane


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