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Un périple en vélo de 5 600 km dans le désert pour alerter sur l'urgence climatique   
07/04/2019

Stéven le Hyaric a roulé 280 km quotidiennement entre Paris et Dakar pendant vingt jours, dans des conditions parfois extrêmes, pour établir un record du monde et sensibiliser sur la réalité climatique.



Au bout du fil à Dakar, Stéven le Hyaric a la voix d’un homme épuisé mais heureux. Ce baroudeur vient de boucler mercredi un parcours de 5600 km à vélo long de 20 jours pour relier Paris (départ le 15 mars) à Dakar avec un équipement minimaliste (5 kg au total). 280 km en moyenne par étape et entre 10 et 12 heures sur la selle quotidiennement pour traverser le désert par le Maroc et la Mauritanie avant d’arriver au Sénégal. Un périple qui lui offre un record du monde, certes, mais surtout la possibilité d’alerter sur l’urgence climatique et la désertification, une mission qui lui tient à cœur. Cet exploit qu’il nous raconte depuis le Lac Rose n’est que la première pierre de son Projet #666: 6 déserts, 6 continents en 6 mois. L’aventure devrait le mener prochainement dans les parties les plus arides du globe: le désert d’Atacama (Chili), le désert de Gobi, l’Arctique, l’Antarctique, le désert de Simpson en Australie (le paradis des serpents) et le désert de Kalahari, dans le sud de l’Afrique, l’étendue de sable la plus étendue et la plus sèche de la planète.


«Je n’arrivais même pas à pleurer alors que j’ai versé beaucoup de larmes tout au long de mon aventure»


Comment s’est passée votre arrivée à Dakar mercredi?


Stéven le Hyaric : Je comprends mieux les footballeurs car j’ai fait un Facebook live de mon arrivée et c’était de la pure folie alors que je pensais qu’on serait quatre ou cinq à fêter ça. Déjà, à 70 km de Dakar, j’ai vu un premier motard en gilet par balles venu pour m’ouvrir la route, puis un deuxième, un troisième au fil des kilomètres. J’arrive à un rond-point aux abords de Dakar et là j’aperçois, quinze, vingt, quarante cyclistes avec moi! C’était génial. On a fini comme une sorte de convoi présidentiel avec une centaine de personnes jusqu’à la Statue de la renaissance africaine à Dakar. Des femmes m’attendaient avec les tam tam. C’était une pure folie et un moment tellement émouvant. Je n’arrivais même pas à pleurer alors que j’ai versé tant de larmes tout au long de mon aventure.

Justement, dans quel état physique avez-vous terminé ce périple?

Dans l’état d’un homme heureux d’abord. En Himalaya (il avait traversé l’Himalaya népalais à vélo, soit 20.000 km) l’an dernier, j’avais terminé avec la maladie, la fatigue et une forme de grande solitude. Là, j’étais épuisé, j’avais les genoux détruits et le corps cassé de partout mais la ferveur typiquement africaine vous fait oublier la douleur.


On imagine que cette ferveur a été réconfortante après une traversée marquée par la solitude et les grands espaces et quelques galères…


J’ai tellement connu des moments durs avec des étapes de parfois 300 km… qu’on a forcément besoin de partager des choses, d’être rassuré. J’ai aussi eu des moments de profonde solitude mais je gardais à l’esprit qu’il y avait du monde autour de moi et que la valeur «planète» était plus forte que tout. Il m’est arrivé de me tromper dans mon tracé et faire des rallonges de 20 km, ce qui ne nous paraît rien mais à vélo sous une chaleur écrasante, ça compte! (rires) Le matin, j’étais comme un pilote de Moto GP, cassé de partout avec des fractures et quasiment incapable de monter seul sur mon vélo. J’avais les deux genoux explosés et ma selle me faisait horriblement mal à l’entrejambe pendant 30 km. Et puis, au bout de 40-50 km, le sourire et les forces finissaient par revenir.


En plein effort et dans les déserts, comment faisiez-vous pour vous hydrater?

«En Mauritanie, je suis arrivé devant un panneau : Prochaine station d’essence : 179 km»

En Mauritanie, il faisait 35°-37°C à l’ombre, soit 45°C environ au soleil. Ça m’a d’ailleurs provoqué une crise de folie. Je me suis cru comme dans les récits d’explorateurs: j’ai perdu la boule pendant un moment. C’était vraiment flippant. Il n’y avait rien autour de moi à un horizon de 70 km environ et j’étais complètement désorienté sans aucun repère visuel. Avoir de l’eau, ça a été parfois problématique. En Mauritanie, je suis arrivé devant un panneau: «Prochaine station d’essence 179 km». L’angoisse (rires). Là j’ai regardé mon vélo et mes deux bidons, soit moins de deux litres. En théorie il m’aurait fallu un bidon par heure... J’ai vraiment eu peur car il me restait six ou sept heures pour arriver à la station. Heureusement, j’ai interpellé des poids lourds qui ont fini par m’aider. Et pour avoir un peu d’air frais, je partais parfois très tôt le matin, ce qui ne m’a pas empêché de finir une étape à deux heures du matin. J’essayais de dormir entre trois et cinq heures par nuit.


Où dormiez-vous justement, en plein désert isolé ou dans des villages?

«Dans un pays musulman, être habillé de la sorte, ça dénote»

J’évitais de dormir trop loin des villages. J’ai senti parfois des tensions quand je suis arrivé en Mauritanie notamment même s’il y avait très souvent des regards bienveillants. J’ai découvert un pays où il y a de l’or et des diamants. Là-bas, les gens ont de toutes petites maisons mais des énormes voitures! Un matin, je me suis rendu compte que j’étais en tenue de cycliste du Tour de France et en cuissards face à la population. Et là, léger malaise. J’ai senti qu’on m’observait: «Mais qu’est-ce qu’il vient faire ici lui?» Ce n’était pas forcément un manque de respect mais dans un pays musulman, être habillé de la sorte, ça dénote... Heureusement, une fois mon visa mauritanien présenté, les gens me considéraient comme un vrai Mauritanien.

«J’ai vu des dunes de plastiques et des gens qui travaillent dedans, ça m’a fait tellement mal au bide...»


Que retenez-vous des rencontres avec les populations locales en Afrique?


J’ai eu des rencontres formidables en France mais aussi dans le désert. Dans ces espaces, les gens sont seuls mais adorent accueillir l’autre, notamment au Maroc. Il y a aussi une formidable solidarité entre les expatriés qui peuvent vous suivre avec les moyens modernes de communication. Mais j’ai surtout été frappé par le fait que les populations locales ne sont pas concernées par les problèmes environnementaux. Au Maroc, j’ai parfois roulé pendant 50 km et il n’y avait pas un mètre de désert qui passait sans bouteille de plastique! Au Sénégal, j’ai vu des dunes de plastique et des gens qui travaillent dedans. Tout ça m’a fait tellement mal au bide... «On essaie d’abord de survivre et nos déchets, on les brûle parce que personne ne vient les ramasser. On est loin de tout ça», m’a répondu un Marocain de l’Atlas. Je me suis rendu compte que c’était bien d’avoir nos idéaux sur le sujet mais on se rend compte qu’ils affrontent une toute autre réalité que nous, dans les pays riches.


Car votre exploit sportif n’aurait pas de sens s’il ne servait pas une cause plus noble: la sauvegarde de la planète…

«J’essaie de bouger des lignes à mon petit niveau, j’essaie de bousculer des esprits»

Oui, c’était le sens de ce projet, éveiller des consciences sur le climat et la désertification qui nous menacent. Et pour faire parler de mon projet, je devais accomplir une performance avec un record du monde à la clé tout en allant vite. J’ai été cycliste d’un certain niveau (niveau Elite, ndlr) et j’avais envie de me dépasser aussi avec un défi utile. J’essaie de bouger des lignes à mon petit niveau, de bousculer des esprits, donner envie à des gens de faire du sport, à gérer mieux leur nourriture, à les inciter à faire des efforts sur la consommation de viande et à arrêter d’utiliser les pailles, les bouteilles en plastique tous les jours... Des petits gestes au quotidien mais qui peuvent faire beaucoup.

lefigaro.fr


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