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Lutte contre les MGF : Une mission de l’AMDH au Brakna   
31/05/2017

Dans le cadre du Projet « Amélioration de la protection juridique des filles contre les pratiques traditionnelles nuisibles en l’occurrence les mutilations génitales féminines à travers l’utilisation de la loi et des mécanismes juridiques », initié par EQUALITY NOW et ...



... mis en œuvre par  l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme, une mission de terrain a été effectuée du 22 au 25 Mai 2017 dans les départements de Boghé et de Bababé relevant de la région du Brakna.
« Ensemble, luttons pour l’élimination des mutilations génitales féminines en Mauritanie» est le thème choisi pour battre campagne contre l’excision qui a longtemps été pratiquée dans nos communautés rurales.
Cette mission de sensibilisation contre les pratiques traditionnelles nuisibles, s’est rendue les 22 et 25 Mai dans les villages de Sayé (5km de Boghé), Touldé (2 km de Boghé) et Dioudé Walo (2km de Bababé) où elle a rencontré des groupements de femmes. L’équipe de sensibilisation était composée, outre la mission, des responsables de l’antenne de l’AMDH à Boghé et Bababé.  A Sayé et Touldé, le Dr Niang Oumar, infirmier d’Etat à la retraite, en sa qualité de professionnel de santé, a fait un exposé détaillé sur les MGF et ses conséquences sur la santé de la femme en reproduction.
Mr Dia Mahamadou Amadou, imam et représentant également le chef du village de Sayé, ici personne ressource et Mme Aissatou Oumar Dia, personne relaie, membre de l’Association culturelle du village de Sayé, ont accueilli la délégation. Une séance de sensibilisation a eu lieu pendant plus d’une heure d’horloge. Elle a porté notamment sur les conséquences de l’excision chez la petite fille et la femme adulte qui souffre très souvent lors des accouchements et des rapports conjugaux.


Des conséquences sur la santé de la femme …
L’infirmier d’Etat à la retraite, Mr Niang Oumar, a d’ailleurs expliqué les méfaits de l’excision et ses conséquences sur les plans sanitaire, physique et psychologique avec des exemples à l’appui. Il a dénoncé l’utilisation de matériel d’excision non stérilisé,  une hémorragie non maîtrisable engendrant des maladies graves comme les fistules obstétricales, les infections urinaires, des trompes bouchées pouvant conduire à la stérilité, les douleurs lors des rapports conjugaux, les complications lors de l’accouchement pouvant entraîner la mort. Il a ainsi cité un exemple d’excision d’une fille qui s’en est suivie par la mort de cette dernière en 2007 dans les environs de Boghé. Après une longue intervention sur les conséquences de l’excision, l’infirmier Niang Oumar a recommandé à tout le village d’abandonner les MGF, précisément l’excision des petites filles.
Pour sa part, Mme Fatimata Thiam, assistante psycho-sociale de l’AMDH, a mis l’accent sur la conscientisation des exciseuses par rapport aux différentes conséquences subies par les petites filles excisées et même les femmes adultes dans leur vie conjugale.

L’islam et l’excision
Mr Mahamadou Amadou Dia, imam du village de Sayé a donné la position de l’islam par rapport à l’excision. Selon lui, il n’y a pas de pêché si on ne pratique pas l’excision. Si on la pratique, on n’a pas également de bénédiction. L’Islam n’interdit ni n’encourage l’excision. C’est juste un argument culturel. Toutefois, il a précisé que, du moment que cette pratique entraîne des effets secondaires pouvant entraîner des maladies ou la mort, il est préférable de l’abandonner. Car l’islam n’encourage pas la souffrance physique ou morale de l’être humain. Par conséquent, il a recommandé l’abandon définitif de cette pratique.
Quant à Mr Bakayokho Mamadou Abdel Kader, il est revenu sur les mécanismes juridiques mis en place par la Mauritanie et les conventions internationales ratifiées et adoptées par l’Etat mauritanien pour lutter contre les MGF. Il a cité de facto, l’ordonnance 015-2005 portant protection pénale de l’enfant notamment en ses articles 10 et 11 qui prévoient des peines de prison allant de 6 à 15 ans de réclusion criminelle pour atteinte à l’intégrité physique ou psychique d’un enfant. Mais aussi des amendes pécuniaires de 120 000 à 300 000 ouguiyas pour préjudice et de 160 000 ouguiyas à 300 000 ouguiyas lorsque l’auteur de l’infraction relève du corps médical ou paramédical.
Les femmes ont aussi intervenu pour dire que cette pratique était culturellement acceptée mais dorénavant, elles sont prêtes à l’abandonner pour sauvegarder la santé de la petite fille et des femmes qui en souffrent durant leur vie conjugale.


Les femmes de Touldé disent non à l’excision

Au village de Touldé à 2km de Boghé, une coopérative de 493 femmes dont 150 présentes ce jour, a organisé le 23 mai, une causerie autour du thème de l’excision des femmes.
D’abord, c’est Mme Zeinabou Ba, personne relaie de souhaiter la bienvenue à la mission et à la délégation d’accompagnement de l’antenne de Boghé. Elle a également remercié et salué la présence massive des femmes de la coopérative.
Prenant la parole, Dr Niang Oumar, infirmier d’Etat à la retraite, a fait un rappel des méfaits de l’excision pratiquée depuis plusieurs années dans ces zones. L’excision, devenue une pratique culturelle depuis des temps immémoriaux, tend aujourd’hui à disparaître du fait d’une prise de conscience généralisée sur les conséquences engendrée par ce phénomène, a-t-il dit. Il est revenu largement sur les conséquences nuisibles et immédiates des MGF sur les plans physique, psycho-sanitaire. Il a expliqué dans les détails ces conséquences notamment l’utilisation de matériel non stérilisé, pas d’anesthésie, des blessures occasionnant une forte hémorragie. Il s’y ajoute des infections, des fistules obstétricales, ainsi que d’autres maladies occasionnant la mort. Il a souligné que beaucoup de femmes ont des problèmes de santé à cause de l’excision, cette pratique nuisible. Si l’excision chez l’homme ne crée pas de problème, chez la femme, les conséquences sont désastreuses, a-t-il dit citant des exemples de cas dont certains ont entraîné la mort.
L’intervention de l’imam Mamadou Lamine Soko a retenu l’attention de l’assistance. Mr Soko, a fait un exposé clair sur la position de l’islam par rapport à cette pratique. Selon lui, cette pratique est une sunna (autorisé). Sa pratique ou sa non pratique n’enlève en rien chez le musulman. C’est dire que si cette pratique a perduré entretemps et répandu largement chez les communautés, c’est parce qu’elle est devenue une pratique culturelle et non une exigence de l’islam. Et par conséquent, dit l’imam, si aujourd’hui, les conséquences liées à cette pratiques sont nuisibles pour la santé des femmes, il y a lieu de recommander son abandon pour sauvegarder la santé de la mère et de l’enfant.
Plusieurs intervenants notamment des femmes ont, après l’intervention de l’imam et de l’infirmer d’Etat à la retraite, décidé d’abandonner cette pratique de l’excision et de battre campagne à chaque fois qu’une occasion se présente, pour mettre fin aux MGF dans toutes les communautés du département de Boghé.
Mme Zeinabou Ba, personne relaie et Mme Aïssata Mamadou Ngaïdé, animatrice, ont pris l’engagement de continuer la sensibilisation chaque mardi, jour de rencontre hebdomadaire des femmes de la coopérative, pour conscientiser cette couche sociale afin d’aboutir, un jour, à l’élimination définitive des MGF dans ces contrées de la Mauritanie. Faut-il rappeler que, dans ces zones, la pratique de l’excision était devenue culturelle notamment chez les communautés pular et soninké.


Doudié Walo : Plus d’excision pour les filles

Au village de Dioudé Walo, situé à 2km de Bababé, plus d’une cinquantaine de femmes se sont mobilisés pour abandonner la pratique de l’excision. Mme Sall Fatimata, sage d’Etat à la retraite, a insisté sur le fait que depuis longtemps, des campagnes de sensibilisation ont été faites dans les zones environnantes afin d’amener les populations à mettre fin à l’excision. Malgré tous ces efforts fournis, cette pratique perdure. Toutefois, elle a souligné qu’en dépit des raisons culturelles avancées par certaines populations, nous devons tous lutter pour éliminer définitivement les mutilations génitales féminines dans nos communautés, a-t-elle soutenu.
Spécialiste des questions communautaires, Mme Sall Fatimata, a, à l’aide d’un document d’illustration, fait une présentation de l’excision dans les communautés rurales. Des images d’excision qui en disent long sur cette pratique traditionnelle. Cette présentation imagée de ce phénomène a retenu l’attention des femmes et de l’assistance sur les méfaits de l’excision, ses conséquences sur la société et très souvent sur les couples. Car des complications liées aux règles douloureuses, aux rapports difficiles, aux accouchements, aux avortements pouvant entraîner la stérilité ou la mort sont autant de conséquences directes relative à cette pratique traditionnelle néfaste. Elle a à cet effet, dénoncer les arguments culturels qui soutiennent la pratique de l’excision et recommandé aux femmes notamment aux anciennes exciseuses de mettre fin à cette pratique.
Pour sa part, Mr Issa Wane, imam de mosquée à Bababé, a souligné que si la circoncision est autorisée chez l’homme, l’excision ne l’est pas chez la femme. Se référant aux versets coraniques, il a expliqué en détail la position de l’islam par rapport à cette pratique. Pour ainsi dire qu’il faut mettre fin à cette pratique d’autant plus qu’elle commet des dégâts sur la santé des femmes. Il a recommandé à tous les musulmans d’abandonner cette pratique et que tout le monde doit fournir des efforts pour arriver à éliminer définitivement cette pratique néfaste. L’imam a soutenu que toute pratique néfaste sur l’organisme humain est interdite par l’islam.
De son côté, Mr Mbaye Abderrahmane, a mis l’accent sur l’utilisation de matériel non stérilisé et les complications liées à la pratique de l’excision. En outre, il a évoqué la possibilité de transmission de maladies à travers l’utilisation d’objets ou de matériel souillés. Il a lancé un appelle à tout le village et à son association culturelle de redoubler d’efforts en menant des campagnes continues de sensibilisation pour l’abandon de cette pratique.
Malgré que la mission ne se soit pas rendue au village de Dounguel pour des raisons d’organisation et de calendrier, le relais de ce village, Mr Ba Abdoulaye Ibrahima, est venu prendre part à la sensibilisation dans le village de Dioudé Walo. En prenant la parole, il a insisté sur l’argument de l’imam tout en invitant à tout le monde d’abandonner cette pratique.

L’intervention des participantes est, on ne peut plus clair sur leur décision d’abandonner l’excision après avoir suivi les différents exposés de la sage-femme, de l’imam et des autres intervenants. Elles disent avoir pris conscience des conséquences néfastes sur la femme. Ainsi, elles promettent de ne plus pratiquer l’excision qui est désormais punie par la loi notamment l’ordonnance 015-2005 en ses articles 10 et 11. Et Mr Saleck Ould Aliyoune Ould Abd, animatrice à l’antenne Amdh de Bababé, d’exhorter les femmes à mettre fin à cette pratique nuisible aux conséquences désastreuses pour la femme et la petite fille.
I.Badiane



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